samedi, 10 janvier 2026|

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Des accidents qui interrogent !

Il n’échappera à personne que, après une période de stagnation, le nombre de blessés et de tués sur les route augmente en 2025 de manière dramatique.

Comme dans neuf cas sur dix, les problèmes de comportements individuels sont encore et toujours pointés du doigt comme étant la cause principale des accidents.

Mais c’est quoi un comportement ? Et si le comportement au volant c’était autre chose que la suite restreinte des gestes qui ont précédé le moment dramatique de l’accident ? Et si les racines des comportements étaient plus profondes et plus denses, si elles étaient décalées par rapport à l’évènement qui met le comportement au centre des débats ? Et si nombres de moyens pour les faire évoluer avaient alors été négligés, volontairement, par méconnaissance ou par faiblesse ?

L’accent mis sur les seuls comportements individuels dans le déclenchement des accidents de la route bloque aujourd’hui l’action publique dans le domaine de la prévention des risques routiers. En parallèle, les stratégies fustigeant essentiellement le conducteur trouvent aujourd’hui leurs limites, sans qu’il soit possible d’intensifier la pression sur les conducteurs à un moment où l’acceptabilité d’une politique plus répressive sur la route est limitée. Alors continuer à ne se centrer que sur les seuls comportements individuels sert surtout à dédouaner l’Etat de ses responsabilités et à excuser son incapacité à réduire l’occurrence des accidents autrement que par des mesures répressives, des mesures qui ont eu des effets positifs réels mais qui peuvent difficilement être intensifiées aujourd’hui.

En insistant sur la face observable des comportements, l’alcool au volant, le téléphone au volant, la fatigue au volant, l’infraction au volant, la violence routière…, on néglige l’ensemble des raisons profondes qui les rendent possibles et parfois inévitables. Rappelons que la Direction de la Sécurité Routière, même si elle est interministérielle, est aujourd’hui rattachée au ministère de l’Intérieur, ce qui explique peut-être le fait que l’on a trop souvent négligé l’ensemble des moyens éducatifs pour déconstruire les comportements problématiques et en construire de plus adaptés à l’apaisement de l’espace public.

Bien entendu le contrôle sanction peut changer l’observable mais avoir pensé qu’il pourrait à lui seul avoir une vertu éducative majeure aura été une erreur. Il n’a pas changé durablement les attitudes au volant ou encore les représentations de ceux qui causent les accidents où les subissent. Il ne le pouvait pas et demain ne le pourra pas. S’il a fait gagner des batailles, il n’a pas fait pas gagner la guerre et n’a signé aucun armistice sur le front de l’insécurité routière. Parce que l’on a beaucoup parlé de guerre, et parce que l’emploi d’un vocabulaire guerrier est trop souvent de mise dans ce domaine. Il n’a naturellement pas permis d’apaiser les conduites de ceux qui prolongent sur la route leurs futiles combats et leurs insuffisances dans un système qui ne donne pas à l’éducation sa juste part et qui la considère souvent avec dédain.

Il importe pourtant de redonner du souffle à l’éducation de manière générale et à l’éducation routière de manière spécifique. Il faut également redonner du corps, du cœur et du souffle à ce que l’on appelle le continuum éducatif de sécurité routière, un continuum dont il importe de renforcer le champ d’action et les moyens, sans doute en le sortant des seuls objectifs immédiats et limitants de la sécurité routière. Et il faut aussi et surtout redonner du souffle à la recherche en Sciences Humaines dans le domaine de l’Education routière, parce qu’elle est singulièrement absente des débats, ne prescrit pas et ne donne pas un sens pédagogique à l’action publique.

A ce titre, l’éducation routière ce n’est pas simplement mieux apprendre à conduire un véhicule, quel qu’il soit, et apprendre à en maîtriser l’utilisation. Comme ce n’est pas simplement connaître le code de la route ou même appeler au respect des règles. L’éducation routière c’est moins souvent rajouter des dispositifs au continuum éducatif en place que transformer et transcender ceux qui existent déjà. L’éducation routière c’est accompagner la construction de représentations différentes du droit de circuler et du devoir de respecter les autres. C’est élargir la mobilité au-delà du déplacement et de la voiture. L’éducation routière c’est rendre chacun capable de se connaître en tant qu’usager de la route responsable. C’est faire comprendre à chacun les conséquences de ses actes pour l’aider à avoir conscience de la place légitime de l’autre dans l’espace public. L’éducation routière c’est mobiliser les leviers de transformation de comportements pris dans toute leurs complexités, c’est penser la place et les compétences de ceux qui accompagnent, de ceux qui informent, de ceux qui pèsent sur les débats. C’est combattre la masculinité des représentations de la conduite, promouvoir la prudence et questionner la place centrale de l’automobile. C’est revoir les équilibres dans le système Homme/Véhicule/environnement à l’aune des transformations sociales et des évolutions d’une société de la mobilité généralisée qui craque d’un trop plein de déplacements automobiles…

L’éducation routière sera à n’en pas douter plus forte si l’éducation générale est remise au centre de l’ensemble des débats de la société. Elle sera d’autant plus forte si, au-delà de la sécurité routière ou des véhicules, la recherche sur l’éducation routière en France est enfin développée. Si les rapports de recherches et leurs conclusions, face aux certitudes et idées toutes faites de certains décideurs, sont réellement prises en compte. Connaissez-vous aujourd’hui des recherches récentes qui traitent de ces sujets de fond ? Connaissez-vous des voix audibles qui portent dans ce domaine et influencent les décisions publiques ?

Alors comment réinitialiser le mouvement qui a permis les évolutions fortes dans le champ de l’accompagnement des conducteurs entre 1990 et 2005 (GADGET, Advanced, VTI…) ? Comment préparer de nouvelles actions publiques ambitieuses étayées par la recherche et l’expérimentation ?

On nous rétorquera que l’Education routière prend du temps, comme la recherche d’ailleurs. Le temps de la construction d’usagers de la route différents et de comportements moins problématiques pour le circuler et le vivre-ensemble. Mais ce temps est utile dès que le choix de privilégier l’Education est assumé, au-delà des déclarations d’intention cependant.

On nous rétorquera que l’Education routière et la recherche coûtent chers. Mais quel est le coût des renoncements, de l’action mal calibrée ou de l’inaction ?

On nous rétorquera que beaucoup de choses sont faites, que la DSR s’investit, que les entreprises s’investissent, que la prévention se renforce, que les professionnels sont mobilisés..., Et c’est vrai. Mais à l’évidence cela ne suffit pas ou ne suffit plus.

On nous rétorquera que l’Education (routière) a la main tremblante face à la sécurité (routière). Mais comprenons que l’Education routière n’est jamais une main désarmée, et qu’il est trop souvent facile de l’accuser de mansuétude vis-à-vis des délinquants. L’éducation peut et doit même aider à faire comprendre et accepter le sens de la sanction.

Enfin, en paraphrasant le vocabulaire guerrier usuellement utilisé pour vaincre l’insécurité routière, l’Education est une arme de construction massive de nouveaux comportement permettant de changer sur la forme et sur le fond le monde de la route.

(Post Linkedin de Gérard Hernja, Recherche et prospective : Education, Environnement et Mobilités)

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